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Moutons invendus et pertes massives : Le décryptage du fiasco de la Tabaski 2026

Par Sophie
Tabaski 2026

La campagne de la Tabaski 2026 laisse un goût particulièrement amer aux jeunes éleveurs sénégalais, confrontés à un bilan désastreux. Alors que les acteurs de la filière avaient massivement investi dans l’achat, l’alimentation et le transport de leur bétail, la période de fête s’est soldée par des centaines de moutons invendus. Ce décryptage exclusif revient sur les véritables causes d’une crise qui menace la survie économique de la filière ovine.

Le mythe du mouton cher confronté à la réalité économique

Dans l’opinion publique, les vendeurs ont rapidement été ciblés et accusés d’avoir pratiqué des prix de moutons de Tabaski excessifs lors de cette campagne. Une analyse fermement rejetée par El Hadj Malick Ka, président des jeunes éleveurs.

Pour les professionnels du secteur, l’explication de cette mévente historique se trouve ailleurs : ce n’est pas le mouton qui était trop cher, mais le portefeuille des ménages qui s’est vidé. Les éleveurs attribuent ce fiasco à la baisse drastique du pouvoir d’achat des Sénégalais, qui n’avaient tout simplement pas les moyens financiers d’acquérir un bélier face aux difficultés économiques actuelles.

Le gouffre financier : Logistique et alimentation sous tension

Derrière les invendus se cache une explosion des charges d’exploitation qui a littéralement asphyxié les vendeurs. Le fardeau financier s’articule autour de deux axes majeurs :

  • Des coûts de transport exorbitants : Les frais logistiques ont lourdement pesé sur le budget des éleveurs. Le transport pour acheminer les bêtes vers les points de vente a varié entre 600 000 et 700 000 francs CFA, sans compter les dépenses supplémentaires pour se déplacer vers des marchés comme Kahone ou Ngoundiane.
  • La spéculation sur l’aliment de bétail : La filière souffre d’une dépendance extérieure, une grande partie de l’aliment étant importée du Mali, ce qui fait flamber les coûts de production locaux. De plus, le président des jeunes éleveurs accuse directement certains opérateurs économiques de spéculation. Ces derniers achèteraient de grandes quantités d’aliments pour les revendre à des prix excessifs, au détriment direct des éleveurs.

tabaski

Le drame des retours et la rupture avec le ministère

Sur les sites de vente, le constat est saisissant : les camions se remplissent à nouveau pour ramener vers les zones d’élevage les animaux qui n’ont pas trouvé preneur. Le cas d’El Hadj Malick Ka illustre l’ampleur du désastre : après avoir acheminé près de 1 000 têtes pour la Tabaski 2026 et passé plus de dix jours au foirail du CICES, il n’a vendu qu’une faible partie de son bétail. À l’issue de la campagne, environ 400 moutons lui sont restés sur les bras.

Ces retours massifs vers des bases comme Ngoundiane constituent un fardeau financier insoutenable, car les professionnels doivent continuer à nourrir le cheptel invendu dans l’espoir de l’écouler plus tard.

Face à l’ampleur des pertes, le fossé se creuse entre les jeunes éleveurs et le ministère de l’Élevage. Les acteurs de la filière contestent les affirmations évoquant un soutien significatif de l’État, assurant n’avoir bénéficié ni de financements adaptés ni d’un accompagnement suffisant. Jugeant que l’action de l’actuel ministre n’est pas ressentie sur le terrain et ne reflète pas leurs difficultés, les éleveurs interpellent formellement le président de la République. Ils réclament des mesures urgentes pour redynamiser le secteur, craignant que les pertes de cette Tabaski ne compromettent durablement leurs activités.

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